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Aurélie Foglia, Grand-Monde, Corti, 2018.

«Le poète est-il, comme le veut toute une tradition pastorale (on songe ici à Ronsard), l’Orphée des arbres ?
Celui qui pourrait les sauver de l’enfer du béton et de la disparition ?»

Jean-Claude Pinson

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«Le poète est-il, comme le veut toute une tradition pastorale (on songe ici à Ronsard), l’Orphée des arbres ?
Celui qui pourrait les sauver de l’enfer du béton et de la disparition ?»

Jean-Claude Pinson



CRITIQUE

Librairie Ptyx 

«Il y a dans ce Grand-Monde toute la différence entre une poésie sur et une poésie de. L’arbre, ici, n’est pas le sujet du poème. Tout comme le papier sur lequel on le lit, il en forme la matière.»

[Source]


COMPTES RENDUS

Sitaudis

Tristan Hordé 

«Aurélie Foglia construit une symbolique de l’arbre en inversant un discours dominant à propos des forêts, encore perçues comme des espaces opaques, à l’écart du civilisé, pour l’essentiel ayant une fonction utile : elles sont, d’abord, lieux à exploiter, ce qui les fait disparaître».

[Source]

Jean-Claude Pinson
« et les arbres sont mes dieux » 

«Grand-Monde est un beau démenti à l’idée que la poésie ne pourrait rien (quand bien même elle peut peu, très peu). À défaut d’un «plain-chant » des forêts, à défaut de sa plénitude impossible, c’est malgré tout quelque chose comme un chant qui, «de travers» mais quasi-organiquement, «pousse» en nous depuis les arbres»

[Source]

Poezibao

Antoine Emaz

«Ce livre surprend, et retient, par sa façon originale et personnelle d’interroger la relation humain / végétal, sans retomber dans une vision romantique de la nature. Il s’agit plutôt d’exprimer par le poème ce lien intime, peu clair mais aussi puissant que fragile, qui unit deux modes d’être vivant, radicalement différents et pourtant si proches.»


[Source]


PRÉSENCE

Le Flotoir

Florence Trocmé

Je suis parmi, Aurélie Foglia

Oui être parmi, parmi les hommes, les choses, les paysages, les œuvres aussi. Une, parmi. Comme le dit Aurélie Foglia, parmi les arbres, surtout en ce qui la concerne dans son Grand-Monde : « dans ce passage je me prends / pour un ramier une poète un /tronc bref je suis parmi » (107).

c’est une idée parlante en ce sens qu’elle n’implique pas de hiérarchie. Je pense souvent, en les traversant en voiture, en observant les forêts, à ces arbres qui sont un peu loin de tout, sur telle ou telle pente, que personne ne touche jamais, auquel personne ne pense jamais (à condition d’entendre personne comme les seuls êtres humains !), à la petite aiguille ou à la feuille de cet arbre-là, anonyme parmi les anonymes. Mais elle n’est pas seule, elle est parmi. À la fois semblable et unique.
Aurélie Foglia qui me semble ainsi donner corps à mes intuitions sur ce rapport singulier, fait de langue et de ressenti, qu’elle a avec l’arbre et qui ajoute «j’écris à la limite». Il faut parfois savoir changer de nom, «appeler eau/appeler soleil un arbre/parce qu’il était si haut/si bruissant qu’il ruisse/lait de lui-même» (p.113) Et je pense qu’il ne s’agit en rien ici de métaphore.

Des arbres

J’ouvre le livre d’Aurélie Foglia, Grand-Monde, un livre qui tourne essentiellement autour du thème des arbres. Rarement j’ai été aussi intéressée par les enjambements, qui ailleurs donnent si souvent un sentiment de gratuité. Ici, non, impression parfois de découvrir des mots nouveaux, impression de surprise, comme cet : arc/haïques, p.51 ou l’enchant/ement des lignes p.49.

Elle n’en abuse pas. Écriture complexe, disposition aérée. Chaque poème est un monde qu’il faut découvrir, on pourrait presque dire que chaque poème est sinon un arbre plutôt comme un arbre. Interpénétration des mondes, l’eau très présente (pluies, rivières, gouffres), « lacs de ciels avec algues aux ramures » (p. 53). Il faut s’approprier ces mondes, les explorer un par un comme si on était devant une carte, il faut y trouver ses repères et je gage que chaque lecteur aura des repères différents. On a aussi l’impression que croisent, par ici, des images de tableaux, peut-être de photos. Oui croisent en ce sens de passer dans le décor. Voici également un procédé magnifique, non pas un enjambement, mais un mot coupé avec greffon : « im presque mortels » (p.64). Ce livre redonne confiance dans les possibilités de la langue. Essentiellement je pense parce que les manières de faire, de la traiter, d’en user ne sont sans doute jamais gratuites mais toujours dictées par une nécessité intérieure, ce qui est loin d’être le cas pour maints livres plus ou moins déconstruits mais où la nécessité de cette déconstruction n’apparaît pas. Où il y aurait un jeu un peu gratuit et pas la poussée d’une nécessité créative impérieuse.

C’est le poème lui-même qui est traversé…

Je relève aussi ces mots, toujours dans cette même note, qui me font penser à ce que j’écrivais hier soir sur le livre d’Aurélie Foglia : Grand-Monde. « C'est le poème lui-même qui est traversé d'apparitions diverses, bosselé et cabossé par tout ce que son auteur perçoit, serait-ce confusément, comme si, dans la recherche formelle qu'il effectue, il était débordé par les choses et les réalités de tous ordres qui le dépassent et, alors, pointent leur nez dans le poème.

Le texte n'est pas la description, mais la bataille elle-même : en luttant avec les seules armes prosodiques du poème, en bataillant en vue du poème – bref en assumant sa fabrication – celui-ci fait émerger tout le chaotique du monde qui surgit en lui, comme inopinément. »
Et j’éprouve une sorte de profonde joie à voir tous ces auteurs se confronter au réel, faire un retour net vers le concret, vers le cours des choses, vers la perception du monde, s’éloigner d’une poésie plus conceptuelle peut-être, mais avec de nouveaux outils forgés par cette autre poésie, plus abstraite, plus blanche, plus froide peut-être. Cartier, Foglia, Vinclair… et bien d’autres sans doute.

Grand-Monde

Foglia, Aurélie Foglia, son nom est-il feuille ? Oui ! Je crois à une forme de prédestination par les noms ; elle n’est pas systématique mais elle est manifeste, souvent. Aurélie Foglia, qui s’est aussi appelée un temps Loiseleur, a un rapport extrêmement fort et complexe avec l’arbre, avec les arbres. Pas en botaniste, ce ne me semble pas être une démarche comme celle de Fabienne Raphoz qui l’accueille ici chez Corti, Fabienne Raphoz dont le flotoir a célébré récemment la passion poétique et ornithophile.

Aurélie Foglia, son nom est feuille et elle donne le sentiment dans ses poèmes d’un écrire caméléon, elle semble se fondre à l’arbre, s’enfoncer dans l’arbre, voire même dans un être-arbre. Elle crée une très singulière osmose entre son ressenti, éclaté, fragmenté, polysensoriel et l’arbre : « (...) moi // qui me suis enfouie / écorcée///     chute/// dans leurs liasses. » (p.67, voir cette anthologie permanente de Poezibao)
On a aussi le sentiment d’assister à une tentative vouée à l’échec, non pas que la poète nous semble échouer, mais parce qu’elle va au cœur d’une aporie, celle de l’être-arbre à laquelle l’écriture tend. On sent comme une déchirure, celle d’une unité qui aurait été rompue, comme s’il y avait eu une antériorité-arbre, un ancien être-arbre dont on serait désormais à jamais séparé.
Il y a aussi, infuse mais parfaitement intégrée à la trame du poème, jamais pesante, presque fantomatique, une part de l’imaginaire de l’arbre, imaginaire ancestral, immémorial, son symbolisme, des racines au faîte. Ce serait peut-être d’ailleurs une des fonctions des coupes de mots (coupes de bois ?) et des enjambements, donner corps à cette zone frontière entre l’arbre et soi, là où l’identification-projection crée une sorte de mouvement qui pourrait être le moteur du poème. Il n’y a pas d’être-arbre possible mais il y a un entre soi et l’arbre, où peuvent se jouer beaucoup de choses (aider à vivre) et où s’écrivent les poèmes de ce livre, ce qui les rend si singuliers. Difficiles aussi. Il y a lieu sans doute de se déplacer dans les poèmes, comme dans les pages, de ne pas faire une lecture trop logique ou linéaire, mais au contraire d’un autre dynamisme, plus volatil peut-être. Un lire-oiseau ?


Aurélie Foglia, Gens de peine, Nous, 2014.

« Ce livre est une épopée de poche avec pour personnage l’humanité et pour moteur l’Histoire. »

Antoine Emaz)

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« Ce livre est une épopée de poche avec pour personnage l’humanité et pour moteur l’Histoire. »

Antoine Emaz)


COMPTE RENDU

Cahier critique de poésie

Antoine Emaz

Ce livre est une épopée de poche avec pour personnage l’humanité et pour moteur l’Histoire. Mais une humanité sans grands hommes et une Histoire sans progrès, seulement agitée par une masse humaine remuant de façon anarchique et absurde. « Milliards de myriades de morts / descendant se tassent avec le temps dans l’espace spacieux ». Immense parade anonyme, danse macabre sans fin. Aurélie Foglia soulève le baudelairien « couvercle noir de la grande marmite / Où bout l’imperceptible et vaste Humanité. » Les multiples entrées du livre amènent au même point post-beckettien : aucun progrès, aucun sens, aucun Godot à attendre, « vivre ne veut rien dire ».



Cette vision de l’homme témoigne autant d’une solitude désespérée devant la réalité minable que d’une fraternité au sens de partage de l’humaine condition. Le titre Gens de peine pourrait laisser attendre une épopée du peuple, une ode aux gueux à la Hugo : non. Il y a bien dans les deux premières parties une attention aux « Passés sous silence », « Gens de rien », « pauvres gens », « petites gens »… et des listes de dé-nominations qui soulignent à la fois le nombre, la diversité, l’anonymat. On notera aussi que la poète, même si le « je » est rare, s’inclut dans cette foule grise : « Gens dont je ». Mais elle ne commente rien, constate ; on est très loin du poète phare ou prophète, d’autant que la virtuosité technique d’écriture produit souvent un humour froid, désabusé.

Dans les deux dernières parties, la vision de l’humanité devient plus critique avec une forte animalisation des « zoommes ». D’un côté, la masse grégaire qui accepte d’être manipulée, abdique voire souhaite « l’enchantement des chaînes (et) aspire / à l’état domestique ». De l’autre, les « troupeaux de loups » prêts à tout pour le pouvoir, la célébrité, la distinction, ceux qui veulent « s’extraire des Gens désespérément », sans voir qu’« éteints jamais ne seront renommés ».

Aucun espoir en vue : « dormez livres morts profondément / obsédés d’aube ». Jusqu’à quand ?

[Source]

Poezibao

Mazeim Orthi

« Avec « Gens de peine », Aurélie Foglia évoque au-delà de la misère sociale, les conditions de la misère intellectuelle, morale et affective touchant de nos jours une population de plus en plus grande (inutile de se mentir). Il ne saurait y avoir de regard innocent en amont d’un tel projet d’écriture, révélant ce qu’on peut assimiler ici, à une forme de poésie sociologique. Et s’il fallait comprendre « peine » aussi bien par souffrance que punition, comme avers et revers d’une même médaille que l’on viserait à l’envi sous le sceau de la plus grande expérience existentialiste jamais vécue, à échelle mondiale ? »

[Source]

Sitaudis

Tristan Hordé

« On pourrait prendre le titre pour guide de lecture et l'on isolerait sans difficulté mots et fragments qui renvoient à l'extrême pauvreté, à la difficulté de vivre, à l'humiliation, à l'absence d'avenir : « les Bafoués », « Gens derniers », « Gens de rien », « ils crient misère ». Ces "gens de peine" seraient analogues à ceux dont La Bruyère écrivaient qu'« ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé.* »

[Source]

Terres de femme

Isabelle Lévesque

« Quatre parties, quatre spectres, des noms hantés vides se meuvent dans les vers : nom commun devenu nom propre par vertu de majuscule, Gens, autant que X ou Y. Inconnus à l’adresse du poème. Poète chante autant qu’elle coupe pour engranger les mots, un rien (la peine). »

[Source]


ENTRETIEN

Poezibao

Mathieu Brosseau

« Les Gens déshumanisés grouillent, ça fourmille de partout, à la manière du Dépeupleur de Samuel Beckett, et les territoires, autant que les générations semblent effacés. Ces gens sont "mis bas" mais nous ne savons ni où ni quand... Ils ont des caractéristiques multiples, mais à force de grouillement et de multiplications, ils en perdent leur identité et le terme "Gens" sonne au lecteur comme une coquille vide... L'humanité, son concept, pour vous, sonneraient-ils ainsi ? »

[Source]


Sous le nom d’Aurélie Loiseleur :


Aurélie Loiseleur,
Entrées en matière, Nous, 2010.

« Le livre est une invitation à se repenser, et pour cela faire, une voix s’éloigne d’elle-même, tend à s’impersonnaliser pour se rapprocher de l’autre (lecteur) : il y a dans le râpeux du grain de la voix quelque douceur qui favorise la pensée sur soi-même : quelqu’un nous parle avec une certaine idée de l’opacité du monde réel et muni de sa complexité totale, mais fermement. »

Jean-Pascal Dubost

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« Le livre est une invitation à se repenser, et pour cela faire, une voix s’éloigne d’elle-même, tend à s’impersonnaliser pour se rapprocher de l’autre (lecteur) : il y a dans le râpeux du grain de la voix quelque douceur qui favorise la pensée sur soi-même : quelqu’un nous parle avec une certaine idée de l’opacité du monde réel et muni de sa complexité totale, mais fermement. »

Jean-Pascal Dubost


CRITIQUE

Poezibao

Jean-Pascal Dubost

« Avec un sens igné » du poème, le narrateur, en cela mystère car plusieurs (tantôt « elle », tantôt « il », tantôt « je », mais aussi « jelle » ou « jil » »), brûle le réel pour le faire renaître de ses cendre en mots, le revisite, qu’elle voit dévasté (la disposition typographique des poèmes et vers révèlent un regard désolé, mais ne s’attardant pas dans quelque mélancolie que ce soit) ; mais le brûler pour brûler de vivre (écrire : revivre). Faisant feu de tous bois, Aurélie Loiseleur est une pyropoète.

[Source]

Terres de femme

Tristan Hordé

« Un peu à côté de la langue » :

« Contrairement à ce que notre société suggère sans cesse, la lecture, active, n'a pas à être facile, les textes résistent, y « surgissent de réelles aspérités », les livres « sont à reprendre naissance // les lire les vivant comme les écrire ». C'est la seule manière de vivre la langue, de la faire renaître, de comprendre aussi quand est le réel dans un livre (de poésie). »

[Source]

Sitaudis

Philippe Beck

« Le pluriel du corps de quelqu’un » :

« Chacun est « membre de lui-même » et doit penser la déliaison dans l'appartenance à soi. C'est le fond de l' « Autobiographie collective » (cf. l'Autobiographie de chacun de Gertrude Stein). Le « peuple hanteur » se hante et hante chacun, qui porte un plusieurs précieux. « Elle mais qui je ? » Dès lors, c'est l' « inconnudité » qui est la condition. « On t'a tant fait miroiter un moi ». D'où la rencontre de « jelle » (« tirée des noces mythomonstrueuses entre je et elle ») et de « jill (son homologue) » (avec sa « horde de lui »). Le chant est « hors-je », d'un « moi putatif », et l'on reconnaît la rimbaldienne demande d'une « poésie objective » (1871). Poésie est « chant + sens » et lutte ainsi contre « le despoétique ». »

[Source]


Aurélie Loiseleur, Hommage à Poe,
La Dame d’onze heures, 2007.

Hommage à Poe est une œuvre de jeunesse que j’ai pris le parti de ne pas écarter. Par-delà la référence à Poe, figure majeure pour notre modernité, notamment à travers la traduction qu’en donna Baudelaire, ce texte se présente de façon manifeste comme un hommage à la poésie. Si je me retourne en arrière, c’est ce qu’il a signifié pour moi : l’entrée en poésie, par l’affirmation déjà d’une écriture. Ce n’est pas rien.


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